Chez soi, mais pas seul : notre attention chaque jour en entrant chez vous

Les feuilles de menu d’une dame que nous accompagnons à Montendre nous revenaient de moins en moins bien remplies. Pris un par un, ces oublis ne disaient pas grand-chose. Mis bout à bout, cet indicateur peut révéler une perte d’appétit, une baisse de l’autonomie, un sentiment d’isolement… : nous avons appelé sa fille pour qu’elle puisse analyser la situation avec les autres intervenants à domicile.

À Royan, Christelle, porteuse de repas, nous a fait part de son inquiétude pour un monsieur qu’elle livre chaque jour. Avec son accord, nous avons demandé au CCAS de Royan de passer évaluer ses besoins d’aide à domicile. Nous avons aussi prévenu sa fille, qui habite à plus d’une heure de chez lui.

À Saint-Savin, Angélique, porteuse de repas, nous a alertés au sujet d’un monsieur qu’elle livre. Depuis, nous assurons pour lui une veille coordonnée avec le CIAS Latitude Nord Gironde.

Aucune de ces démarches ne figure sur un bon de livraison. C’est pourtant là que se trouve le cœur de notre métier. Nous en avons eu l’intuition dès la création d’Esperel, et nous le vérifions chaque jour : le portage de repas est l’occasion de rendre visite, et de porter atttention aux signaux faibles.

Que voit-on en entrant chez quelqu’un ?

Chaque tournée Esperel a son porteur attitré. Ce n’est pas un détail d’organisation. C’est la condition pour que la confiance s’installe.

Chez la plupart des personnes que nous accompagnons, le porteur ne s’arrête pas à l’entrée. Il entre, traverse la cuisine et range lui-même les repas dans le frigo. Ce geste simple dit beaucoup : on lui ouvre la porte, et on lui ouvre aussi un peu son quotidien.

Quand c’est la même personne qui vient chaque jour, elle remarque ce qui change. Le courrier qui s’accumule. Un plat de la veille resté intact dans le frigo. Une conversation plus courte que d’habitude, ou au contraire l’envie de parler plus longtemps. Nos porteurs sont formés à la veille sociale et aux premiers secours. Ils ne jugent pas et ne diagnostiquent rien. Ils voient, et alertent.

Pour certaines personnes que nous accompagnons, le porteur est la seule visite de la journée. Nous le savons, et nous ne le prenons pas à la légère. Ces quelques minutes passées dans la cuisine comptent autant que le repas déposé dans le frigo.

Vivre chez soi, c’est aussi continuer à décider pour soi. Cette attention n’est pas infantilisante et respecte la dignité de chacun.

Combien de personnes vivent chez elles sans voir personne ?

Les chiffres sont connus, et ils progressent. Selon le Baromètre 2025 des Petits Frères des Pauvres, 2 millions de personnes de plus de 60 ans vivent en France en situation d’isolement social. Parmi elles, 750 000 n’ont plus aucun contact avec les autres : l’association parle de « mort sociale ». En 2017, elles étaient 300 000.

En Nouvelle-Aquitaine, la délégation Sud-Ouest de l’association estime que cela représente l’équivalent d’une ville de plus de 60 000 habitants.

Source : Baromètre 2025 « Solitude et isolement : quand on a plus de 60 ans en France », Petits Frères des Pauvres et rapport 2025 de la Fraternité régionale Sud-Ouest.

Ces chiffres sont décrits de loin. Nous, nous les voyons de près. Nous les voyons au cours de nos 14 tournées qui parcourent la Charente-Maritime, le Blayais, le nord Gironde, le Fronsadais et l’Entre-deux-Mers, jusqu’au Sud Gironde et au secteur de La Brède. Chez chacun, il n’y a pas une statistique. Il y a quelqu’un qui a ses habitudes, son jardin, ses souvenirs, son caractère.

On parle souvent de « maintien à domicile », comme d’un problème à gérer. Nous préférons dire autre chose. Vieillir chez soi n’est pas un problème. C’est une vie qui continue, et elle mérite d’être entourée.

Pourquoi n’est-ce pas seulement l’affaire de nos porteurs ?

Un regard ne sert à rien s’il reste dans une seule tête. Ce que Christelle remarque à Royan, ou Angélique à Saint-Savin, il faut que quelqu’un l’entende, puis que quelqu’un agisse.

C’est tout le sens de notre travail avec les familles, les CCAS et les CIAS du territoire. Le porteur observe. L’équipe coordinatrice fait le lien. La famille est prévenue. La collectivité prend le relais quand une aide doit être mise en place. Chacun reste dans son rôle, et personne ne reste seul avec une inquiétude.

Nos services ne sont pas médicaux, et nous y tenons. Quand une question touche à la santé, c’est le médecin traitant qui doit être consulté. Notre rôle est de remarquer, puis de faire en sorte que la bonne personne soit prévenue.

C’est aussi pour cela qu’Esperel est une entreprise de l’économie sociale et solidaire. Nos trois valeurs, solidarité, dignité et convivialité, ne sont pas des mots sur un mur. Elles se vivent chaque jour, d’une cuisine à l’autre.

Que pouvez-vous faire dès aujourd’hui ?

Pas besoin d’être porteur de repas pour avoir ce regard.

Aujourd’hui, appelez ou passez voir une personne âgée de votre entourage : un parent, une voisine, un ancien collègue. Posez-lui une question qui appelle plus qu’un « oui » ou un « non » : « Qu’avez-vous fait ce matin ? », « Qu’est-ce qui vous ferait plaisir cette semaine ? ». Écoutez la réponse.

Et si quelque chose vous inquiète, notez le numéro du CCAS de sa commune. Il est souvent le premier relais.

Que trouverez-vous sur ce blog, deux fois par mois ?

Nous ouvrons un nouveau rendez-vous. Deux fois par mois, nous vous raconterons ce que nous voyons depuis nos trois lieux de travail : notre cuisine de Saint-Aubin-de-Blaye, la route, et votre cuisine, là où nous rangeons les repas.

Vous y trouverez :

  • Chez vous, avec vous : des récits de tournée, ce qu’un porteur a vu, entendu, compris ;
  • En cuisine : les coulisses de nos plats, les produits de saison, les astuces de nos chefs ;
  • Bien chez soi : des conseils pratiques pour rester autonome et entouré ;
  • Place aux aînés : un regard de terrain sur la place que notre société fait à ses aînés ;
  • Portraits : les visages de l’équipe et de nos partenaires ;
  • Vos droits, vos aides : qui finance quoi, et comment faire la demande.

Le prochain article, le 27 octobre, sera consacré aux aidants : ceux qui prennent soin d’un proche, et qui pensent rarement à demander de l’aide pour eux-mêmes.

Chez soi, mais pas seul : c’est notre fil rouge pour l’année. C’est surtout une promesse que nous tenons chaque jour.

Laetitia Rahard, codirigeante d’Esperel

Découvrir le portage de repas et la veille sociale d’Esperel →

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    Des séances de stimulation cognitive à domicile
    Des activités prêtes à l’emploi, simples à mettre en place
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